samedi 21 novembre 2009

24H Chrono **


Le pitch

Jack Bauer (Kiefer Suterland) est un agent fédéral de la cellule anti-terroriste de Los Angeles. A chaque saison, Jack aura 24 heures pour sauver le monde d’une menace terroriste, attentat contre un sénateur noir (saison 1), bombe nucléaire (saison 2), attaque bactériologique (saison 3). Ecran split screen, 24 heures divisées en 24 épisodes haletants démarrent dans lesquelles Jack Bauer mène ses enquêtes avec pour seule éthique de n’avoir aucune règle.

L’avis du passeur

Ca faisait 15 ans qu’il ne s’était rien passé ou à peu près rien dans le petit écran. On s’était coltiné des exposés aseptisés sur les années collèges, 21 Jump Street, 90210 Beverly Hills, Dawson, Harley cœur à vif, Hélène et les garçons où toute une ribambelle de neuneus asexués buvait des jus, ne jurait pas, ne fumait pas, n’existait pas… Notre génération avait décidé d’une même voix spontanée et sincère de ne plus avoir la télévision. On tenait bon puis des rumeurs se sont soudainement élevées. De plus en plus de personnes parlaient des séries TV, nous maintenions le cap prétextant que ce n’était pas du cinéma. Deux clans s’opposaient alors, ceux qui avaient aimé Friends et toutes ces niaiseries aux rires rajoutés parlaient maintenant de l’existence de nouveaux chefs d’œuvres. Une voisine a fini un jour d’hiver par nous convaincre. Il fallait voir 24H Chrono… et dès le deuxième épisode nous étions accro.
24H est construit pour être addictif, simulant le temps réel, la série s’appuie sur un scénario en béton fait de rebondissements improbables, inévitablement on veut connaître la suite, pas simplement parce qu’il s’agit de trouver la planque des terroristes ou le lieu où est cachée la bombe mais surtout parce qu’à chaque épisode une taupe apparaît, compliquant la trame ne nous portant à croire que seul Jack Bauer est intègre.

Au niveau formel, 24H est plein de trouvailles, la série utilise avant tout la technique du split screen qui permet de diviser l’écran en plusieurs fenêtres et de multiplier les scènes. Ensuite le scénario est censé se passer en temps réel, ce qui est faux, vu qu’un épisode ne fait que 43 minutes, les 17 restantes étant allouées à l’espace publicitaire. On constatera surtout qu’en dépit de sa bonne volonté et d’une bonne condition en course de fond, Bauer n’a matériellement pas le temps de traverser des villes en 12 minutes. Soit, on s’en fout au départ, Bauer nous dérange, ce qui est parfois une qualité, il n’est ni un héros, ni un anti-héros, il ressemble un peu au personnage de Bruce Willis dans les Die Hard, sec, rustre, intransigeant, masculin, libérateur… Il ne poursuit inlassablement qu’un objectif, remplir sa mission, obtenir des infos et s’il faut passer par la torture, ça ne le dérange pas. La série rencontre son premier problème de poids, à la question de savoir si pour sauver 1000 hommes on peut en torturer un, les scénaristes disent OUI ! A la question de savoir si on peut tuer un innocent pour en sauver 1000, les scénaristes répondent OUI ! 24H est-elle une série de droite ? OUI ! Les Etats-Unis sont décrits comme la puissance que la terre entière déteste, tout le monde veut les détruire, leur balancer des virus, tuer son président, faire exploser sa capitale… 24H diffusé à partir de novembre 2001 aux USA s’appuie sur les événements du 11 septembre 2001 et surfe sur sa vague… Jack incarne l’homme de la vengeance, le pompier, le flic et le passant au visage rempli de poussières.

24H est la première série à avoir véritablement lancé la vague de séries américaines de qualité, nous entendons par là qu’elles s’appuient toutes sur un travail dense de fond et de forme, des scénaristes brillants et pas mal de fric pour rendre le projet crédible. C’est aussi et surtout la première série (de mémoire) à avoir assis un black à la Maison Blanche, le charismatique David Palmer. Pendant 4 saisons, l’Amérique ne verra que lui, fantasmera sur sa droiture, compatira face à ses choix cornéliens, le tout en rêvant qu’un jour le réel puisse égaler la fiction. Bon après tout ça, la saison 2 débarque et les clichés continuent de se déverser par vague, les islamistes sont les méchants, Bauer zigouille sans foi ni loi. La saison 3 reprend les thèmes, les modifie quelque peu, dénonce les politiciens véreux, épuise son sujet. La saison 4 nous larguera définitivement… Bauer n’est plus qu’un vieux facho extrémiste dont l’activisme finit par écœurer.

vendredi 13 novembre 2009

Twin Peaks *****


Le pitch

Dans la paisible ville de Twin Peaks, bourgade imaginaire du Nord de l’état de Washington, le corps de Laura Palmer, jolie étudiante populaire, est retrouvé emballé dans du plastique sur la berge d’une rivière. L’agent spécial du FBI, Dale Cooper est dépêché sur place. Il découvre alors que Laura Palmer n’était pas une ingénue farouche et qu'en outre la plupart des habitants de la ville ont des greniers bien remplis !

L’avis du passeur

Twin Peaks (1990-1991) est un OVNI, c’est l'œuvre d’art télévisuelle la plus aboutie, un magma bouillonnant de 29 épisodes doté d'une kyrielle de personnages charismatiques, on se croirait perdu au milieu d’un roman de Dostoïevski adoubé d'une puissance hallucinogène. Il n’y a pas une série TV qui lui arrive à la cheville et c’est déprimant de le constater jour après jour. Par quoi commencer…. Création de David Lynch et Mark Frost, la série était censée se dérouler en 3 saisons, elle se termina après la seconde, Lynch ayant déjà dévoilé le meurtrier de Laura Palmer pressé par les producteurs qui craignaient une fin en eau de boudin. La fin du scénario souffre quelque peu de ce rétrécissement imposé mais la grande majorité est tout bonnement prodigieuse de créativité et de rebondissements.

Ce qui est fascinant dans Twin Peaks c’est avant tout l’ambiance immédiate mise en place dès le générique d'entrée. Le thème musical immortel de Badalamenti y est pour beaucoup, il glace le sang. Le lieu aussi, une ville reconstituée au coeur d'une région boisée, taillée au ciseau, chacune des familles y vivant, disséquées au scalpel, tous les personnages même secondaires ou fugitifs sont justifiés, une troupe de détraqués au centre de laquelle plane l’ombre de Bob, un esprit malin qui serait à l’origine du meurtre de Laura Palmer, sorte d’incube prenant possession des esprits des membres de la communauté pour les pousser, contre leur volonté, à l'indicible. Twin Peaks a la forme de l’intrigue policière mais elle est surtout une quête initiatique et métaphysique, la quête de l’agent Cooper vers une vérité balancée entre les mains d’une force noire et invisible. Certains soirs après la vision de l'un ou l'autre épisode, on fermait sa porte à double tour, on cauchemardait de croiser un miroir, transi de peur à l’idée de voir Bob surgir dans son reflet. Et que dire de l’humour constant distillé au goute à goute, un sommet atteint avec le personnage de la secrétaire du bureau du Shériff. Twin Peaks est un chef d’œuvre hypnotique, il rassemble tout ce qui a fait la grandeur de Lynch, trouble inquiétant, tension extrême, onirisme, beauté visuelle et sensualité polymorphe. Tout y est ! Le plus surprenant c’est que Lynch n’a dirigé que six épisodes confiant la direction des autres à une série de réalisateurs lambda. On serait pourtant bien avisé de les découvrir parmi les autres tant la continuité visuelle et scénaristique ne souffre d’aucune fêlure. La série a certes un goût d’inachevé mais c’est aussi cela qui la rend mythique.

Les personnages

Il est impossible de tous les décrire. Tour à tour innocents, cruels, romantiques et pervers, ils font l’univers de Twin Peaks. Des agents du FBI au bureau du Shériff, des familles Palmer, Packar, Johnson, Horne aux personnages secondaires dont la mystérieuse femme à la bûche, on découvre au travers de l’analyse de leurs personnalités variées et complexes la clé pour ouvrir la salle rouge, véritable boîte de Pandore libérant le mal dans un rugissement. Boooooooooob... Boooooooooob...

jeudi 12 novembre 2009

Les séries

Elles ont envahi l'écran, l'espace culturel, la vie en quelque sorte. Elles ont, depuis quelques années, justifié leur statut qualitatif. Il est le loin le temps où Dallas, Côte Ouest, Dynastie, les feux de l'amour nous étouffaient de leur niaiserie et de leur trame rocambolesque nourrie par l'unique ambition de la durée. A présent les séries agissent comme des coups de poing, elles frappent et te laissent au sol chaos. Répondant toutes au même impératif, créer le manque, susciter l'adhésion maladive au point de rester calfeutrer chez soi le jour J où l'épisode 8 de la saison 7 résoudra une énigme sans fin. Ce blog critique se justifie par la demande, par l'acceptation naturelle d'un phénomène sociétal. Qu'on le veuille ou non !